Et si les pratiques artistiques pouvaient transformer notre manière de comprendre le monde ? C’est la question qui a été posée lors du Welcome Day aux 250 personnes boursières actuellement en Belgique dans le cadre d’un séjour de recherche ou de spécialisation. Et les réponses ont été plurielles, et riches de la diversité des actrices et des acteurs présent·es à cet événement.
> Nous en avons tiré un THEMA TALK, une publication digitale donnant à lire, à écouter et à voir comment l’art peut transformer notre manière de penser et de vivre ensemble. Vous pouvez la consulter ci-dessous.
L’art comme moteur de coopération et de nouveaux imaginaires
L’art est avant tout un langage. Un langage qui dépasse les mots et qui parle directement à notre sensibilité, à notre imagination et à notre curiosité. Qu’il s’agisse de peinture, de sculpture, de théâtre, de danse, de musique ou de cinéma, chaque forme artistique propose un regard singulier sur le monde. L’art ne se limite pas seulement à reproduire la réalité, il la questionne, la décortique, la transforme et parfois même la transcende. À travers l’art, nous sommes invités à observer le monde sous un angle nouveau, à ressentir ce que nous n’aurions peut-être jamais perçu et à réfléchir sur des dimensions de la vie et de la société que nous ignorions. Dans ce cadre, l’enseignement et la recherche en pratiques artistiques jouent un rôle clé, parce qu’offrant des outils pour comprendre le monde et pour bâtir des ponts entre les individus et les communautés.
Chaque œuvre devient alors une invitation à dépasser nos limites, à sortir de nos certitudes et à accéder à des réalités alternatives. Une peinture abstraite peut nous amener à ressentir des émotions que nous n’avons pas de mots pour nommer. Une pièce de théâtre nous confronte à des choix moraux et à des dilemmes humains qui résonnent avec notre propre expérience. Une chorégraphie collective illustre, par le mouvement et la coordination, la manière dont l’individu se relie au groupe. Ainsi, loin de nous enfermer dans une illusion, l’art nous propose une expérience de la réalité différente de la nôtre : une réalité que nous pouvons observer, analyser et apprécier, sans avoir besoin d’y adhérer entièrement, mais qui vient enrichir notre perception du monde.
Cette capacité de l’art à révéler de nouvelles perspectives n’est pas abstraite. Elle est concrète et visible dans les pratiques artistiques contemporaines. Dans les ateliers collectifs, par exemple, des participant·e·s de milieux sociaux, culturels et générationnels différents créent ensemble. Chacun·e apporte ses maux, ses sensibilités, ses expériences et ses techniques. Le processus de création se mue en lieu d’échange et de dialogue : il oblige non seulement à écouter, à comprendre, mais aussi à négocier. On apprend à accueillir les divergences, à transformer les différences en complémentarités, et à bâtir quelque chose de commun.
Le rôle de médiation entre l’art et la société, tenu par les ESA
En Belgique francophone, les Écoles supérieures des Arts (ESA) incarnent parfaitement ce rôle de médiation entre l’art et la société. Elles proposent des formations diversifiées dans cinq grands domaines : les arts plastiques, visuels et de l’espace, la musique, le théâtre et les arts de la parole, les arts du spectacle et les techniques de diffusion et de communication, et la danse. Ces institutions ne se contentent pas que de former des artistes : elles enseignent à créer, à coopérer, à penser et à comprendre le monde à travers la pratique artistique. Certaines d’entre elles contribuent également à la recherche, approfondissant notre compréhension de l’art et de ses impacts sur la société contemporaine.
Au-delà de la pratique artistique, les ESA participent aussi à la formation des futur·e·s enseignant·e·s, à la pédagogie spécifique des matières artistiques et à la formation des professeur·e·s des académies. Elles proposent des bacheliers et surtout des masters de 60 ou 120 crédits, combinant professionnalisation et standards européens. Cette offre est unique en Europe : elle couvre une grande diversité de disciplines, mêle tradition locale et ouverture internationale, et attire de nombreux étudiant·e·s étrangers.ères. Elle fait des ESA un acteur majeur de la réflexion sur l’art et ses impacts sociaux, et un moteur pour l’émergence de nouveaux imaginaires.
Ce que ces écoles démontrent, c’est que l’art n’est pas seulement un moyen de création ou d’expression : il est un outil de transformation sociale. Il nous apprend tantôt à observer différemment, tantôt à écouter, à tantôt coopérer, tantôt à réfléchir sur nous-mêmes et sur le monde. Il ouvre des espaces où la diversité devient un atout, où les différences nourrissent la créativité, et où la confrontation se transforme en dialogue constructif.
Dans un contexte mondial où la coopération internationale est essentielle, les pratiques artistiques deviennent des instruments puissants pour rapprocher les individus et les communautés. Elles montrent que la compréhension mutuelle ne se limite pas aux mots ou aux discours : elle se vit, se ressent et se construit au quotidien à travers la création, le partage et l’expérimentation. Les ESA, par la diversité et la richesse de leurs enseignements, leur ouverture internationale et leur recherche appliquée, incarnent cette dynamique. Elles illustrent que l’art peut nourrir la réflexion, renforcer la coopération et stimuler l’émergence d’imaginaires collectifs.
In fine, créer ensemble, regarder ensemble et ressentir ensemble sont autant de manières dont l’art nous ouvre à des réalités nouvelles. Il nous incite à penser autrement, à dialoguer et à agir collectivement. L’enseignement et la recherche en pratiques artistiques deviennent alors bien plus que des disciplines académiques : elles sont des leviers de transformation sociale et culturelle. Elles nous rappellent que la diversité, la collaboration et l’imagination sont au cœur de notre humanité. Dans ce monde complexe, où les sociétés sont interconnectées mais souvent fragmentées, les pratiques artistiques constituent un pont vers la compréhension et la coopération. Elles montrent que l’art n’est jamais un luxe ou un simple divertissement : il est un moyen concret de créer du lien, de nourrir la réflexion et de réinventer les mondes de demain.
Brenda Cyrielle Mansop
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Références bibliographiques
Agostini, M., & Quentin‑Doucet, J. (2011). Entre philosophie et psychologie : les pratiques artistiques, une médecine de l’âme? Diotime – Revue internationale sur les pratiques et la didactique de la philosophie. DOI : https://diotime.lafabriquephilosophique.be/numeros/047/014/
Kreplak, Y., & Leibovici, F. (2015). « On ne sait pas ce qu’est une pratique » : Regards croisés sur l’écologie des pratiques artistiques. Techniques & Culture, 64. Mis en ligne le 24 mars 2016. DOI : https://doi.org/10.4000/tc.7582
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