Un habitat d’urgence pour personnes déplacées : un projet de fin d’étude à la croisée des enjeux écologiques, environnementaux et sécuritaires.

Ingénieur et architecte de formation, Haman Doukona a mis a profit son année de formation en Belgique pour développer un projet d’intérêt et offrir un habitat digne pour les personnes déplacées vivant dans l’est du Cameroun, frontalier du Nigéria.

Juin 2025… au terme d’une année de formation à l’ESA Saint-Luc, Haman Doukona obtient son diplôme du Master de Spécialisation en Design d’Innovation Sociale (MDIS), l’une des 17 formations internationales proposées par l’ARES.  Ingénieur de conception en génie civil et architecture de l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Maroua (Cameroun), il vient de présenter son travail de fin d’études, un projet d’éco-constuction répondant aux besoins locaux et culturels des personnes déplacées.

« La participation au Master en design d'innovation sociale a constitué un véritable tournant, explique Haman Doukona. En tant qu'architecte, la tendance naturelle est de concevoir et de proposer des solutions. Le master a introduit une autre posture : adopter un regard critique, inclure les bénéficiaires dans le processus, et mobiliser l'ensemble des parties prenantes,; qu'elles soient favorables ou sceptiques. L'intégration des outils du design thinking a permis de replacer l'usager au cœur de la démarche. Les échanges avec les autres participants ont également joué un rôle déterminant : confronter les idées, observer d'autres projets et recevoir des retours critiques ont contribué à affiner le concept, à anticiper les obstacles et à faire émerger des solutions plus robustes, mieux ancrées dans les réalités des personnes déplacées. »

Les personnes déplacées sont de plus en plus nombreuses à travers le monde et a plus que doublé durant ces 5 dernières années. Ce phénomène touche particulièrement l’Afrique subsaharienne en raison de crises sécuritaires (70% des cas) ou de catastrophes naturelles (30% des cas). Le Cameroun est aussi touché par cette situation. La zone de Mouhour doit régulièrement faire face à l’afflux de réfugié·es, fuyant les attaques de Boko Haram dans le Nigéria voisin.

« L'idée de construire des habitats en sacs de terre et de pierre est née d'un constat simple et urgent : les populations déplacées dans la zone de Mouhour se retrouvaient sans logement. Au départ, la démarche visait à identifier une solution simple à mettre en œuvre, sans orientation précise. C'est en cherchant une réponse rapide et accessible que les recherches se sont orientées vers ce mode constructif. Après une exploration approfondie de diverses architectures d'urgence, un modèle a émergé : peu coûteux, facilement autoconstruisible, et remarquablement résistant. Une réponse concrète aux besoins des personnes les plus vulnérables. Pendant longtemps, les abris d'urgence ont été associés aux tentes en plastique, malgré la pollution qu'elles génèrent, notamment le transport et la logistique liés à leur importation, puis la mauvaise gestion des déchets plastiques en fin de vie. La construction que nous avons mise en place s'inspire d'une technique de construction appelée « superadobe », réalisée à partir de sacs de sable. Ici, la construction utilise les matériaux les plus accessibles (pierre, terre, tiges de millet, paille), associés à des plastiques recyclés. »

Le projet répond à des normes développées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et est à la croisée de nombreux objectifs de développement durable.

Au Cameroun, Haman Doukona l’a concrétisé avec le soutien d'associations humanitaires locales, intéressées d’avoir une solution éco-responsable au problème systémique résultant du manque de logements.

« Certes, depuis plusieurs années, la question d’abris pour déplacés ou réfugiés est traitée par les organisations non gouvernementales avec des stratégies qui portent leurs fruits. Mais nous voulons ici apporter des idées pour arriver à parfaire ce travail avec des solutions résilientes qui pourront permettre la limitation des matières plastiques reconnues comme polluantes. »

La force de ce projet est aussi d’impliquer les personnes déplacées elles-mêmes dans la construction de leurs propres abris, en collectant les sacs auprès des commerçants voisins puis en apprenant les techniques de construction.

« D’une part, nous développons une technique de construction simple, connue et écologique avec des matériaux très accessibles et d’autre part, nous soutenons la mise en place d’une philanthropie locale et de la résilience vis-à-vis d’un public fragilisé.»

L’initiative d’Haman Doukona a séduit les responsables de l’Africa Innovation Network, un réseau rassemblant des expertes et experts influents, à la base de solutions durables et innovantes pour un meilleur avenir urbain en Afrique. Ce qui a valu à Haman la publication d’un article complet dans une récente édition de l’ African Cities Magazine (en page 156).

Lire aussi