Quand les étudiant·es s’engagent : immersion dans deux projets de mobilisation de l’ESA La Cambre et l'IHECS

À travers les projets de mobilisation, l’objectif est clair : permettre aux universités, aux hautes écoles et aux écoles supérieures des arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles de développer, sur leurs campus, des initiatives d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire.

Portés par les étudiant·es eux-mêmes, ces projets abordent des thématiques liées au développement durable, aux inégalités ou encore aux dynamiques internationales, en créant des espaces concrets de réflexion, de dialogue et d’action.

Ils sont soutenus financièrement par l’ARES (jusqu’à environ 4 500 € par projet) et reposent sur une approche participative, laissant une large place à l’initiative étudiante et à l’expérimentation.

Au cours du mois de mars 2026, plusieurs projets ont été mis en œuvre dans différents établissements. Nous sommes allés à la rencontre de deux d’entre eux, à l’ESA La Cambre et à l’IHECS, pour comprendre comment ces initiatives ont été construites et ce qu’elles ont permis de faire émerger sur le terrain.

À l’ESA La Cambre : un workshop au croisement de l’art, de la recherche et de l’engagement

À l’ESA La Cambre, les étudiant·es ont construit un projet à la croisée des pratiques artistiques et de la réflexion critique.

Pensé et organisé par les étudiant·es eux-mêmes, avec l’accompagnement d’Aline Baudet, enseignante et coordinatrice du projet, de Pierre Huyghebaert et de Raphaël Bauduin, étudiant impliqué dans le dépôt, le workshop reposait sur une volonté forte : croiser les regards en associant une artiste et une experte académique.

« On avait envie à la fois d’inviter un·e artiste et d’alimenter la réflexion avec une personne spécialiste », explique Raphaël.

Ils ont ainsi invité la philosophe de l’esthétique Stefanie Baumann et l’artiste Nour Shantout, offrant aux participant·es un espace d’échange entre approche théorique et pratique artistique. Fait marquant : malgré des parcours internationaux distincts, les deux intervenantes se connaissaient déjà, ce qui a sans doute renforcé la qualité des échanges.

Pendant plusieurs jours, elles ont travaillé avec les étudiant·es autour de la contre-cartographie, donnant lieu à un véritable dialogue interdisciplinaire, nourri par des discussions, des références artistiques et des expérimentations.

La Cambre

Le projet s’inscrivait également dans un contexte géopolitique particulier. Centré sur la question palestinienne, il faisait écho à des mobilisations déjà présentes au sein de l’école. Dans ce cadre, le workshop a permis de créer un espace structuré pour aborder ces enjeux, en laissant place au débat et à la diversité des points de vue.

Ce type de projet implique toutefois des défis concrets. L’organisation a été marquée par des contraintes liées à la mobilité internationale et au contexte politique. « Il y a des artistes qu’on n’a pas pu contacter ou faire venir à cause de la situation géopolitique ou des visas », explique Raphaël. Le workshop a notamment pu avoir lieu parce que l’artiste invitée se trouvait déjà en Europe à ce moment-là.

Malgré ces contraintes, les étudiant·es ont su construire un dispositif solide. Le workshop a été ouvert à l’ensemble de l’école, favorisant une réelle transversalité entre disciplines et niveaux d’études.

Un autre élément structurant du projet a été la mise en place d’une exposition finale dans le cadre des journées portes ouvertes. Le fait d’avoir une restitution a donné un objectif concret au workshop et renforcé l’engagement des participant·es tout au long de la semaine.

Sur le fond, le workshop interrogeait les liens entre images, pouvoir et représentation des territoires. « La production de cartes, c’est une émanation de pouvoir », rappelle Aline Baudet. Le travail de Nour Shantout, qui mobilise la broderie comme forme de résistance culturelle, a particulièrement nourri cette réflexion.

La Cambre

Au-delà des contenus, le projet a permis de créer un véritable espace d’expérimentation, où les étudiant·es ont pu tester, débattre et croiser des approches différentes. Il a aussi contribué à créer des liens durables entre intervenant·es, étudiant·es et enseignant·es.

À l’IHECS : une journée pensée par les étudiant·es pour ouvrir le dialogue

À l’IHECS, le projet de mobilisation a pris la forme d’une journée de réflexion et d’échanges consacrée aux discriminations raciales, pensée pour améliorer le climat d’apprentissage au sein de l’institution.

Augustine Dewulf   Augustine Dewulf

Portée conjointement par le CEHEG (le conseil étudiant de l’école) et le service international, avec Alisson Pechon coordinatrice de la coopération internationale, l’initiative est née d’un constat concret : des situations de discriminations, des micro-agressions et des difficultés relationnelles étaient observées dans certains espaces d’apprentissage, notamment dans les travaux de groupe.

Comme l’explique Juliana Kitsiabi, présidente actuelle du CEHEG, impliquée dans le projet dès son origine, l’idée de départ était différente. « Au départ, on avait l’idée d’organiser une conférence sur les métiers de la communication, et notamment de promouvoir l’expérience des personnes racisées dans les médias. »

Mais au fil des échanges, les étudiant·es ont identifié un besoin plus direct, lié à leur quotidien dans l’école. Le projet a alors évolué vers une journée complète mêlant conférence, ateliers participatifs et temps d’échange collectif.

La journée a rassemblé plus d’une centaine de participant·es, parmi lesquels des étudiant·es, des représentant·es étudiant·es impliqué·es dans l’organisation, ainsi que plusieurs enseignant·es volontaires. Ce ciblage répondait à des contraintes d’organisation, mais aussi à la volonté de mobiliser des publics déjà sensibilisés.

La matinée a été marquée par une conférence interactive d’Estelle Depris, autrice, conférencière et militante antiraciste. Son intervention visait à donner des clés de compréhension des mécanismes du racisme systémique, en lien avec des situations concrètes vécues dans le contexte belge.

Les retours ont été très positifs, les étudiant·es soulignant le caractère à la fois accessible et éclairant de la conférence.

L’après-midi, les participant·es ont été réparti·es en petits groupes pour participer à des ateliers animés par les équipes d’Uni4Coop. L’objectif était d’aller plus loin que la sensibilisation, en revenant à des situations concrètes et en identifiant des pistes d’action.

Ces ateliers ont permis d’aborder des questions comme les privilèges, l’écoute des personnes concernées ou encore les mécanismes de banalisation des discriminations.

L’un des points forts du projet réside dans sa construction. Les étudiant·es ont été impliqué·es dès le départ, à travers des échanges avec les ONG, les enseignant·es et les intervenant·es, ainsi que via des témoignages anonymes. Cette co-construction a permis d’adapter les contenus aux réalités spécifiques de l’IHECS.

En parallèle, un espace spécifique a été proposé aux enseignant·es volontaires, afin de leur permettre d’échanger sur leurs pratiques et d’identifier des pistes pour mieux réagir face à des situations discriminatoires.

Au-delà de la journée, ce projet a permis d’ouvrir un espace de dialogue au sein de l’institution et de faire émerger des besoins concrets. Les retours montrent une volonté claire de voir ce type d’initiative se développer et s’inscrire dans la durée.

Un levier pour l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire

À travers ces deux initiatives, un même constat s’impose : les projets de mobilisation constituent un levier concret pour faire émerger, au sein des campus, des espaces de réflexion, de dialogue et d’expérimentation autour des grands enjeux contemporains.

Qu’il s’agisse d’interroger les liens entre art et géopolitique à La Cambre ou d’ouvrir un espace de discussion sur les discriminations à l’IHECS, ces projets ont montré la capacité des étudiant·es à s’emparer de sujets complexes et à les traduire dans leur réalité quotidienne.

En soutenant ces initiatives, l’ARES encourage cette dynamique et permet de développer, au cœur des campus, des projets ancrés dans les réalités du terrain et portés par celles et ceux qui les vivent au quotidien.

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Article : Furayah Kayembe et Maxence Peterfalvi

Crédit photo : La Cambre et Augustine Dewulf (IHECS) 

 

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