Biodiversité, autonomie et innovation : des projets de coopération qui portent leurs fruits au Sénégal, au Burundi et en Belgique

Comment valoriser la biodiversité tout en soutenant les communautés locales et en développant des solutions scientifiques durables ? Les projets menés au Burundi et au Sénégal par Marie-Laure Fauconnier (enseignante-chercheuse à l’ULiège et depuis le 1er octobre 2025 doyenne de la faculté d’Agro-Bio Tech à Gembloux) illustrent comment la coopération académique peut générer des retombées concrètes, à la fois pour les pays partenaires et pour la recherche en Belgique.

À travers ces initiatives, la biodiversité devient bien plus qu’un objet d’étude : elle constitue un levier d’innovation, de développement local et de transition vers des pratiques agricoles plus durables.

Au Sénégal : des biopesticides naturels pour protéger les récoltes

Au Sénégal, un projet de recherche qui est à mi-parcours s’attaque à un défi majeur : la protection des denrées stockées après la récolte. Ce projet est mené en partenariat avec Gueye Momar Talla de l’Institut de Technologie alimentaire. En effet, le riz, le maïs ou les arachides subissent des pertes importantes dues aux insectes et au développement de champignons produisant des mycotoxines, particulièrement dangereuses pour la santé humaine.

Pour répondre à ce problème, les chercheurs travaillent à la mise au point de biopesticides naturels à partir de plantes locales riches en huiles essentielles. « Nous avons identifié un certain nombre de plantes qui poussent facilement au Sénégal et qui contiennent des huiles essentielles avec des propriétés insecticides et fongicides », explique Marie-Laure Fauconnier.

Ces plantes sont cultivées dans différentes régions du pays et transformées grâce à des distillateurs développés et fabriqués localement. Ces équipements sont ensuite mis à disposition de groupements féminins dans les villages. Ce choix de production locale est central dans la philosophie du projet. « On aurait pu importer les distillateurs, mais on a choisi de les faire produire localement. Nous avons trouvé des chaudronniers capables de souder ces distillateurs après quelques petits essais et erreurs de fabrication.

Nous avons maintenant des distillateurs de moyenne ou grande capacité qui sont distribués dans les villages à des groupements féminins. Il y a sept distillateurs qui ont été, pour le moment, distribués et qui sont en fonctionnement. », explique la chercheuse. « Le fait de penser le projet dès le départ en termes de durabilité est essentiel. »

Aujourd’hui, plusieurs distillateurs sont déjà en fonctionnement et permettent de produire des huiles essentielles qui seront utilisées pour développer les biopesticides lors de la seconde phase du projet.

Fauconnier fauconnier

Au Burundi : valoriser la diversité des miels et soutenir l’apiculture au féminin

Au Burundi, un projet d’amorce mis en œuvre en collaboration avec Jacques Nkengurutse (Université du Burundi) s’est concentré sur le développement de l’apiculture dans les communautés rurales, avec un accent particulier sur la participation des femmes.

Dans ce pays, l’apiculture est encore souvent perçue comme une activité masculine. Le projet a donc travaillé directement avec des groupements féminins afin de favoriser leur accès à cette activité génératrice de revenus.

Parallèlement, un important travail scientifique a été mené afin de mieux comprendre et valoriser la richesse des miels burundais. Les équipes ont récolté des échantillons de miel dans différentes régions, identifié les plantes mellifères environnantes et réalisé des analyses approfondies, notamment sur les arômes et la composition des miels.

Ces recherches ont permis de mettre en évidence une grande diversité de profils, notamment entre les miels de montagne et ceux de plaine. « On a pu scientifiquement mettre en évidence la qualité différenciée de ces miels, qui sont extraordinaires », explique Marie-Laure Fauconnier.

L’objectif est désormais de mieux valoriser cette diversité afin de créer une qualité différenciée de miel, capable d’augmenter les revenus des apicultrices. Les premiers résultats sont déjà visibles sur le terrain : des ruches ont été distribuées, des formations ont été organisées et plusieurs apicultrices ont vu leur production augmenter.

Au-delà des résultats économiques, le projet contribue également à faire évoluer les représentations. « On a pu également promouvoir l’apiculture au féminin au Burundi, Nous avons également rencontré des apicultrices qui venaient nous voir avec leur bébé sur le dos. L’une d’elles nous a expliqué : « Je suis apicultrice et j’emmène déjà ma fille avec moi. Je suis en train de la former et, plus tard, elle sera aussi apicultrice. Ce type de témoignage montre que les objectifs du projet sont atteints et que la transmission des savoir-faire est déjà en marche.» souligne la professeure. En effet, certaines femmes transmettent déjà ce savoir-faire à la génération suivante, parfois avec leur enfant sur le dos, symbole d’une activité désormais pleinement intégrée dans la vie des communautés.

 

Fauconnier Fauconnier

Des projets pensés pour durer

La durabilité constitue un principe central dans ces initiatives de coopération. Pour Marie-Laure Fauconnier, un projet réussi est avant tout un projet capable de continuer à fonctionner de manière autonome. « Dès le départ, le projet a été pensé en termes de durabilité, en se posant systématiquement la question suivante : lorsque le projet prendra fin, pourra-t-il continuer sans notre présence ? La réponse doit impérativement être positive», explique-t-elle.

C’est pourquoi les projets privilégient la production locale, la formation des partenaires sur place et l’appropriation des technologies par les communautés. Les chercheurs encouragent également les dynamiques d’accompagnement Sud-Sud, dans lesquelles les partenaires universitaires et scientifiques locaux forment eux-mêmes les agricultrices et les communautés.

Au Sénégal, cette appropriation est déjà visible. Les distillateurs installés dans les villages sont utilisés non seulement pour produire des huiles essentielles destinées aux biopesticides, mais aussi pour d’autres usages locaux. Certaines communautés fabriquent par exemple des cosmétiques ou des remèdes traditionnels à partir de plantes locales.

Préserver la biodiversité sans compromettre l’alimentation

La biodiversité joue un rôle central dans ces projets, mais elle est mobilisée de manière responsable. Les plantes utilisées pour la production d’huiles essentielles sont sélectionnées avec soin afin d’éviter toute concurrence avec les cultures alimentaires. « Il ne faut pas piller la biodiversité ni utiliser des terres destinées à l’alimentation pour produire des plantes à distiller », insiste Marie-Laure Fauconnier. Cette approche garantit que les solutions développées s’inscrivent dans une logique durable, respectueuse à la fois des écosystèmes et des besoins alimentaires des populations locales.

Fauconnier

Des retombées concrètes pour la Belgique

Les projets menés au Burundi et au Sénégal ont également des retombées directes pour la recherche et l’innovation en Belgique. Les travaux sur les huiles essentielles et les biopesticides alimentent notamment les recherches menées en Europe sur des alternatives aux pesticides conventionnels, dans un contexte où l’agriculture cherche à réduire son impact environnemental. Les méthodologies développées dans ces projets peuvent ainsi être adaptées à d’autres ressources végétales disponibles localement, notamment en valorisant des coproduits peu exploités. « Tout est connecté ! Les solutions que nous développons contribuent aussi à remplacer les pesticides conventionnels par des solutions biobasées, moins dangereuses pour l’environnement, les agriculteurs qui les utilisent et les consommateurs. », explique Marie-Laure Fauconnier.

Ces collaborations renforcent également la formation et l’ouverture internationale des étudiants et chercheurs belges, en les confrontant à des enjeux globaux et à des approches scientifiques interdisciplinaires.

Une coopération fondée sur l’ancrage local et la durabilité

Qu’il s’agisse de miels de haute qualité au Burundi ou de biopesticides naturels au Sénégal, ces projets montrent qu’une coopération scientifique peut produire des impacts concrets et durables. En s’appuyant sur la biodiversité locale, en soutenant l’autonomisation économique des femmes et en favorisant l’appropriation des solutions par les communautés, ils illustrent une vision de la coopération basée sur l’ancrage local et la transmission des savoirs.

Car, comme le rappelle Marie-Laure Fauconnier, l’objectif ultime reste simple : “construire des projets capables de continuer à vivre et à produire des effets bien au-delà de leur financement initial.”

Fauconnier

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