Visite de prestige à l’ARES ce 8 juillet. La diplomate palestinienne, accompagnée de Suha Ghatit, Première secrétaire de l’ambassade et d'Assia ELAKHRAS, conseillère, souhaitaient découvrir les possibilités que la coopération académique internationale peut offrir à l’enseignement supérieur palestinien en plein chaos.
Le système d'enseignement supérieur palestinien fait aujourd'hui face à une crise d'une ampleur exceptionnelle. À Gaza, les universités ont été largement détruites par le conflit. Et en Cisjordanie, les établissements d'enseignement supérieur sont confrontés à des restrictions structurelles qui entravent leur fonctionnement, l'accès aux études et le développement de la recherche. C'est dans ce contexte que Tanguy Goethals (Directeur de la Coopération internationale) et Noémie Nyst (Coordinatrice de programme) ont accueilli, ce 8 juillet 2026, Madame Amal Jadou Shaka'a, Ambassadrice et Déléguée de la Palestine en Belgique, au Luxembourg et auprès de l'Union européenne. Cette rencontre a permis de présenter les dispositifs de coopération académique internationale de l'ARES et d'échanger sur les besoins actuels et futurs du système d'enseignement supérieur palestinien.

Pour l'ambassadrice, le renforcement des collaborations avec les établissements d'enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles constitue un levier essentiel pour soutenir les universités palestiniennes, préserver les capacités de formation et offrir des perspectives aux étudiantes et étudiants. Elle revient, dans cette interview, sur les défis auxquels fait face l'enseignement supérieur palestinien et sur le rôle que peut jouer la coopération académique internationale.
Quelle est la situation vécue par le monde académique palestinien ?
Amal Jadou Shaka’a : « La situation universitaire a énormément souffert, en particulier à Gaza, à la suite de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza. Concrètement, de nombreux établissements d’enseignement supérieur et universités ont été détruits. Les écoles souffrent également énormément. Les infrastructures des établissements universitaires ont été détruites, ce qui a un impact considérable sur le secteur éducatif à Gaza. En conséquence, on dépend beaucoup de l’enseignement en ligne.
Nous faisons de notre mieux pour assurer l’éducation de nos étudiants dans les pays arabes, mais aussi dans les pays occidentaux, en particulier pour les étudiants universitaires. Les universités belges se sont montrées très généreuses et très réceptives à notre égard, et nous leur en sommes très reconnaissants.
Quant à l’enseignement en Cisjordanie, les universités sont elles aussi prises pour cibles : les campus sont attaqués par des soldats israéliens et font l’objet de raids, notamment l’université de Berserat, l’université d’Anjah et l’université d’Hébron. De ce fait, les étudiants sont soumis à certaines restrictions de déplacement pour se rendre à leur université en raison des postes de contrôle.
Mais je peux vous assurer d’une chose : la détermination des étudiants palestiniens est très forte et, par conséquent, l’éducation est une valeur très importante pour les Palestiniens ; c’est pourquoi les gens investissent tout dans leur éducation. Vous savez, la détermination, la volonté et aussi l’esprit d’innovation des étudiants en Palestine sont vraiment impressionnants. Nous voulons encourager cela et c’est pourquoi nous sommes ici pour favoriser de nouveaux partenariats avec le système éducatif palestinien. »
Quelles sont vos attentes, à court et à moyen terme, vis-à-vis du monde académique belge ?
Amal Jadou Shaka’a : « À court terme, nous souhaitons voir de plus en plus d’étudiants obtenir des bourses et suivre leurs études ici. D’après ma propre expérience – j’ai moi-même étudié aux États-Unis –, je pense que cela ne se résume pas seulement à l’enseignement dispensé à l’université, mais qu’il s’agit aussi de s’imprégner d’une culture, de découvrir une société ? C’est ce que nous essayons aujourd’hui de favoriser en proposant davantage de bourses aux étudiants. Vous savez que «Scholars at Risk » est un programme auquel nous encourageons nos boursiers à postuler afin de saisir les opportunités offertes par les universités ici en Belgique.
Nous souhaitons aussi renforcer les capacités institutionnelles des établissements d’enseignement supérieur palestiniens.
Par ailleurs, nous souhaitons voir se développer la collaboration entre les universités dans le domaine de la recherche. Nous voulons reconstruire les bibliothèques et développer la recherche au sein des universités palestiniennes afin d’encourager la persévérance de notre peuple sur sa propre terre.
À moyen terme, nous souhaitons également voir se nouer des partenariats entre les universités palestiniennes et belges.
En attendant, mon objectif est d’inviter un groupe de recteurs et rectrices d’universités belges à se rendre en Palestine. Dès que la situation sécuritaire sera, espérons-le, stabilisée, nous souhaitons vivement voir se multiplier les jumelages entre les universités palestiniennes et belges. »
Dans le contexte actuel, existe-t-il des exemples ou des réussites qui témoignent de la résilience du secteur ?
Amal Jadou Shaka’a : « La résilience du secteur se manifeste au sein de certaines facultés des universités palestiniennes. Je pense que la principale réussite dont je peux parler, ce sont les individus ; je vois en effet des étudiants palestiniens, des doctorants, des étudiants en master et en licence, en Belgique, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En effet, dans des domaines tels que la médecine, les sciences ou le droit international, ils excellent et sont reconnus par leurs universités pour leurs réalisations.
Nos ressources humaines sont notre plus grand atout et nous voulons investir davantage en leur faveur ; nous souhaitons donc voir la communauté internationale investir de plus en plus dans les Palestiniens, hommes et femmes, et en particulier les femmes, car nous voulons également voir le rôle des femmes se renforcer dans le secteur scientifique en Palestine. »
English version
A high-profile visit to ARES on 8 July. The Palestinian diplomat, accompanied by Suha Ghatit, First Secretary of the embassy and Assia ELAKHRAS, adviser, wished to explore the opportunities that international academic cooperation could offer to Palestinian higher education, which is currently in turmoil.
The Palestinian higher education system is currently facing a crisis of exceptional magnitude. In Gaza, universities have been largely destroyed by the conflict. In the West Bank, educational institutions are facing structural constraints that hinder their operations, access to education and the development of research. It was against this backdrop that Tanguy Goethals (Director of International Cooperation) and Noémie Nyst (Programme Coordinator) welcomed Ms Amal Jadou Shaka’a, Ambassador and Delegate of Palestine to Belgium, Luxembourg and the European Union. This meeting provided an opportunity to present ARES’s international academic cooperation initiatives and to discuss the needs of the Palestinian higher education system.
For the Ambassador, strengthening collaborations with higher education institutions in the Wallonia-Brussels Federation is a key means of supporting Palestinian universities, preserving educational capacity and offering prospects to students. In this interview, she discusses the challenges facing Palestinian higher education and the role that international academic cooperation can play.
What is the current situation in the academic sector in Palestine ?
Amal Jadou Shaka’a : « The academic situation has suffered tremendously especially in Gaza as a result of the genocidal war that Israel waged on Gaza. Basically, many higher education institutions and universities have been destroyed. The schools also are suffering tremendously. The infrastructure for academic institutions have been destroyed and this is having a huge impact on the educational sector in Gaza. As a result, there is a lot of dependence on online uh education.
We're trying our best to provide education to our students in Arab countries but also in western countries, especially for the university students.
And Belgian universities have been very generous with us and very receptive and we're very grateful to that.
As for the education in the West Bank area, also universities are being targeted, campuses are being attacked by Israeli uh soldiers and raids including Berserat University, Anjah University, Hebrron University and so, there is some kind of restriction on movement for the students to arrive to their universities because of checkpoints.
But I can assure you of one thing : the determination of Palestinian students is very strong and therefore education is a very important value for Palestinians and so people invest everything in their education. You know the determination, the willingness and also the innovation of students in Palestine is really impressive
We want to encourage that and that's why we are here to encourage further partnerships with the educational system in Palestine and what are the prospect for collaboration in the short and medium term with the academic Belgium sector.
What are your expectations, in the short and medium term, of the Belgian academic world?
Amal Jadou Shaka’a : « In the shorter terms, we want to see more and more students getting scholarships and be educated here. From my own experience, I was educated in the United States, I feel that it's not only about the education that you get in the university but it's also about learning a culture, learning about a society and this is what we were trying to foster now is further scholarships for the students. You know that « Scholars at risk » is a program that we're also trying to get our scholars to apply and to utilize opportunities in universities here in Belgium.
We want to consolidate the institutional capacities of Palestinian higher education institutions.
And also, we want to see further collaboration between universities in research. We want enhancing the libraries and the research for universities in Palestine to try and encourage the also perseverance of our people in their own land.
In the medium term, we also want to see some partnerships between universities in Palestine and in Belgium.
In the meantime, my goal is to invite a group of rectors from Belgium universities to visit Palestine. Once hopefully, the security situation is ensured, we definitely want to see further twinships between universities in Palestine and in Belgium. »
In the current context, are there any examples or success stories that demonstrate the sector’s resilience?
Amal Jadou Shaka’a : « The sector resilience is seen by some faculties in universities in Palestine. I think that the the main achievement that I can speak about is the individuals and, you know, I see Palestinian students, PhDs, masters and bachelors in Belgium, in France, in the UK and in the US. Actually in sectors like medicine or sciences or law international, they are excelling and receiving recognition by their universities for their accomplishments.
Our human resources are the best thing that we have and we want to invest more in them, so we want to see more and more investment from the international community in the Palestinian individual, men and women, and especially women because we want to see also an enhancement of the role of women in the scientific sector in Palestine. »