Le 17 juillet 2026, la 4ème cohorte de la Formation internationale en pédagogie universitaire numérique dispensée par l’ULB, a été diplômée. Retour sur une formation inédite à la croisée des sciences de l’éducation et de la révolution numérique.
Ce sont trois mois de formation intensive que viennent de suivre à l’ULB les 13 enseignantes et enseignants de l'enseignement supérieur originaires du Bénin, du Burundi, du Burkina Faso, du Cameroun, du Cambodge, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Sénégal et de la Tunisie.
Mais au terme d’un programme de cours chargé, et ponctué par un travail de fin d’étude destiné à améliorer la pédagogie et les supports d’un cours réel, toutes et tous ont obtenu le Certificat de la Formation internationale en pédagogie universitaire numérique (FIPUN), en présence de Thérence Ntahiraja, ambassadeur du Burundi, de Léopold Tonguenoma Bonkoungou, ambassadeur du Burkina Faso, d’Anne Weyembergh, vice-Rectrice aux relations extérieures et à la coopération de l'ULB et de la conseillère Chayma Chebbi de l'Ambassade de Tunisie à Bruxelles.

Pour rappel, ce programme a été créé puis mis en œuvre depuis 2022 par une équipe de chercheur·es multidsciplinaires, sous la direction de Liberat Ntibasirakandi et avec le soutien du Centre d’appui pédagogique de l’ULB.

« Ce séjour a été très important pour améliorer mes compétences d’enseignante. Sur le plan pédagogique, il y aura un avant et un après FIPUN. De retour au Cambodge, je vais appliquer toutes les compétences acquises. C’est clairement une plus-value pour l’enseignement universitaire dans mon pays.» Channmuny THANH (ITC - Cambodge)
« Sur le plan pédagogique, j’ai appris la notion clé de d'alignement pédagogique. Avant, notre regard sur l'apprentissage était centré sur l'enseignant. Maintenant, il est centré sur l'étudiant·e. Clairement, il y a un changement au niveau de la posture de l'enseignante que j'étais et que je suis à présent. Ce que je retiens aussi, c’est la belle collaboration entre des enseignant·es provenant de 9 pays différents et les débats que cela a engendré. On a vécu ce qu'on appelle le conflit socio-cognitif, ce qui a permis à chacun de progresser. » Fatma Snoussi (Université Tunis El Manar - Tunisie)
« C'est une expérience scientifique et humaine unique, complétée par un enrichissement culturel inédit entre les participant·es de 9 pays. Ma manière d’enseigner va évoluer, c’est certain. Jusqu’à présent, je donnais un cours magistral. Je vais complètement adapter mon dispositif d’enseignement en intégrant une pédagogie plus active, davantage tournée vers mes étudiant·es. » Nahed Boukadida (Université Tunis El Manar - Tunisie)

Faisant partie d’un portefeuille de 17 cursus de spécialisation proposés par l’ARES, cette formation vise à permettre aux participant.es d’acquérir, en plus de leurs compétences scientifiques, des compétences réflexives, pédagogiques, méthodologiques et numériques nécessaires à la conception et au développement de dispositifs pédagogiques numériques innovants, dans le but d’améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage des étudiant.es dans leur université.

Cette mise à niveau se fait à travers l’émergence de pédagogies innovantes qui rendent les formations plus actives et,surtout, centrées sur l’étudiant.e. A cela, s’ajoute une réflexion pédagogique globale avec l’intégration du numérique dans les pratiques pédagogiques.
« Personnellement, j’ai beaucoup aimé approfondir la notion de triple concordance combinant vos objectifs d'apprentissage, vos méthodes d'enseignement et vos méthodes et outils d'évaluation. Dans l’enseignement, c’est important que ce triangle-là soit cohérent. » Alioune Faye (Université Cheikh-Anta-Diop - Sénégal)
Cette formation a également donné aux participant·es des outils (Wooclap, plateforme Moodle) pour faire évoluer les pratiques d'enseignement dans leurs établissements respectifs. Des méthodes actives d’apprentissages courtes ou longues, ainsi que des techniques de scénarisation pédagogique ont également été partagées.
« Ces outils et techniques vont beaucoup nous aider par rapport à une problématique présente dans nos universités africaines, celle des effectifs pléthoriques. Ils vont nous permettre de mieux faire participer tout le monde et d’avoir, au final, un enseignement plus équitable ». Alioune Faye (Université Cheikh-Anta-Diop - Sénégal)
Les relations professionnelles et personnelles établies entre les enseignant·es perdurent au-delà de leur séjour en Belgique. L’un des meilleurs exemples est le projet d’amorce que Coralie Delhaye (ULB) et deux alumni de la FIPUN, Vinasetan Ratheil Houndji (UAC) et Maguette Dieng (UCAD) développeront de septembre 2026 à août 2028. Au Bénin et au Sénégal, leur objectif sera d’analyser les contextes d’enseignement supérieur au croisement des politiques publiques, des dispositifs institutionnels et des pratiques pédagogiques, en vue de co-construire une infrastructure partagée de formation continue des enseignant·es du supérieur.
Progressivement, la création d’associations FIPUN dans les pays d’origine des participant·es est aussi à l’ordre du jour, avant la création d’une association internationale.
En savoir +

Pour Liberat Ntibasirakandi, promoteur et responsable académique de la formation, "la FIPUN est une aventure humaine, scientifique et transformative."
Dans quel contexte est né cette formation internationale ?
Liberat Ntibasirakandi : "En 2021, au lendemain de la crise sanitaire de la COVID-19, lorsque nous avons imaginé la Formation Internationale en Pédagogie Universitaire Numérique (FIPUN), notre ambition allait bien au-delà de la création d'un programme de formation. Nous rêvions d'un espace de rencontre, de partage et de transformation capable de rassembler des femmes et des hommes engagés dans l'amélioration de l'enseignement supérieur dans le Sud global. Aujourd'hui, en tant que promoteur et responsable académique de la FIPUN, je ressens une profonde émotion lorsque je regarde le chemin parcouru. Chaque édition de la FIPUN est une histoire humaine exceptionnelle. Derrière chaque candidature, il y a une personne qui croit au pouvoir de l'éducation. Derrière chaque participant, il y a une université, une communauté académique, parfois tout un pays qui place ses espoirs dans la formation de futurs leaders pédagogiques. Nous avons accueilli des enseignant.es, des chercheur.res et des responsables venus principalement d'Afrique mais aussi d’Asie, tous animés par une même conviction : l'enseignement supérieur peut changer des vies lorsqu'il est pensé au service de l'apprentissage et de la réussite des étudiants."
Au terme de la quatrième édition de cette formation, que retenez-vous sur le plan professionnel et personnel du passage de ces dizaines de participant·es à l’ULB ?
Liberat Ntibasirakandi : "Ce qui me touche le plus, ce ne sont pas seulement les compétences développées ou les projets réalisés. Ce sont les liens qui se créent. Ce sont ces moments où des participant.es issu.es de contextes très différents découvrent qu'ils partagent les mêmes défis, les mêmes aspirations et la même passion pour l'enseignement. Ce sont ces échanges qui se poursuivent longtemps après la cérémonie de clôture et qui donnent naissance à de nouvelles collaborations, à des projets institutionnels et parfois à de véritables amitiés. La FIPUN est également une formidable démonstration de ce que le numérique peut apporter à l'enseignement supérieur lorsqu'il est porté par une vision pédagogique forte. Nous n'avons jamais considéré la technologie comme une fin en soi. Notre priorité a toujours été de placer l'humain, l'apprentissage et le développement professionnel au cœur du dispositif. Le numérique devient alors un levier d'innovation, de créativité et d'inclusion au service d'une université plus ouverte et plus accessible. Au fil des années, j'ai eu le privilège de voir des participant.es devenir à leur tour des formateu.rices, des responsables de centres de pédagogie universitaire, des porteurs de projets institutionnels et des acteurs du changement dans leurs établissements. C'est sans doute la plus belle réussite de la FIPUN : former celles et ceux qui formeront à leur tour. Chaque diplômé qui accompagne ses collègues, qui transforme ses pratiques d'enseignement ou qui contribue à améliorer la qualité de son institution prolonge l'esprit de la FIPUN bien au-delà de nos salles de formation.
Je pense avec gratitude à tous ceux qui ont rendu cette aventure possible : les équipes pédagogiques, les experts internationaux, les partenaires institutionnels, les autorités académiques et, bien entendu, les participant.es qui nous ont accordé leur confiance. Chacun a contribué à construire une communauté d'apprentissage internationale fondée sur l'excellence, la solidarité et le partage des connaissances."
Au sein de l’ULB, vous êtes le responsable académique de la FIPUN mais la réalisation de ce cycle de formation repose sur toute une équipe administrative et pédagogique ?
Liberat Ntibasirakandi : "La FIPUN n'est pas seulement un programme de formation. C'est une communauté de pratiques, un réseau international d'innovation pédagogique et une source d'espérance pour l'avenir de l'enseignement supérieur. Elle démontre qu'au-delà des frontières géographiques, linguistiques et culturelles, nous sommes capables de nous rassembler autour d'une vision commune : offrir aux générations futures une éducation universitaire de qualité, inclusive et résolument tournée vers l'avenir. Comme responsable académique, je suis fier du parcours accompli, mais je suis surtout reconnaissant. Reconnaissant envers toutes celles et tous ceux qui, année après année, font vivre cette belle aventure. Lorsque je vois les parcours inspirants de nos diplômés et l'impact qu'ils génèrent dans leurs institutions respectives, je mesure combien la FIPUN est devenue bien plus qu'une formation : elle est un mouvement, une dynamique de transformation et un puissant vecteur d'espoir pour l'université de demain."
Crédit Photos : Aurore Delsoir et Pierre Martinot