Quand la terre raconte l’avenir : une coopération belgo-marocaine au service de la poterie féminine

Entre mémoire ancestrale et innovation numérique, un projet de coopération entre la Belgique et le Maroc redonne vie à un savoir-faire millénaire tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques pour les femmes rurales. 

Dans les régions montagneuses du Maroc, la poterie féminine constitue bien plus qu’un artisanat : elle incarne un patrimoine vivant, transmis de génération en génération depuis près de 5 000 ans. Pourtant, ce savoir-faire ancestral est aujourd’hui menacé de disparition.

C’est dans ce contexte qu’est née une initiative de coopération entre la Haute École Provinciale de Hainaut Condorcet et l’école ArtCOMSUP. Inscrit dans la continuité de deux projets, l’actuel projet de Valorisation « Le patrimoine marocain, une histoire de femmes » a pour ambition de promouvoir l’artisanat féminin marocain comme levier de développement économique et d’émancipation sociale dans les douars, de contribuer à la sauvegarde du patrimoine immatériel et à sa transmission intergénérationnelle et d’immerger les étudiant·es belge dans une expérience de coopération concrète liant design, innovation et développement humain.

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Une valorisation innovante, entre numérique et immersion

Pour répondre à cette ambition, le projet a mis en place un écosystème d’outils innovants, mêlant technologies numériques et médiation culturelle. Sans oublier les mobilités d’étudiants et d’enseignants entre la Belgique et le Maroc.

Tout d’abord, le projet a proposé une expérience immersive itinérante intitulée L’approche, diffusée dans un cube interactif. « La Black Box, explique Carol Bayet, coordinatrice belge de ce projet, c'est un endroit où le public peut s'installer dans le noir et être immergé dans un dessin animé. Le scénario et les dessins de départ ont été faits par un groupe de deux étudiants belges et deux étudiants marocains. Ensuite, nous avons demandé à une ancienne étudiante en animation 3D, Marion Draubese d’orchestrer la réalisation de l’animation, en s’appuyant sur les créations originales de Nora Bellacen. »

Cette création plonge le visiteur au cœur du cycle de vie de la poterie. Les gestes, les matières, les symboliques prennent forme dans une expérience qui sensibilise autant qu’elle émerveille.

Visionner le dessin animé : ici

Ensuite, il y a le développement d’un e-musée, une plateforme numérique multilingue dédiée à la poterie féminine marocaine. Tourab est conçu comme un conservatoire digital de la poterie féminine marocaine. À l’image des archives muséales, il inventorie, documente, classe, illustre et sauvegarde chaque objet. Cette démarche assure la préservation et l’accessibilité de ce patrimoine, facilitant ainsi la recherche et sa valorisation. Chaque tribu et chaque potière y expose virtuellement leur création.

En fin de projets, en mai 2025, en présence de Gilles Heyvaert, ambassadeur de Belgique au Maroc, une journée de réflexion et de dissémination a permis d’assister à une série de conférences et de visiter une exposition crée autour de la collection d’Hamad Berrada, spécialiste reconnu de l’artisanat féminin marocain et plus particulièrement la poterie.

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« En termes de perspectives, poursuit Carole Bayet, nous misons sur le développement de l’ e-musée Tourab commes plateforme vivante, continuellement enrichie par de nouvelles collections de femmes artisanes. Nous espérons que notre approche sera exporté vers d’autres villes marocaines, pour favoriser la conscientisation locale sur la valeur du patrimoine féminin. À plus long terme, notre ambition est de développer un réseau académique et associatif Nord-Sud autour de la valorisation du patrimoine immatériel et de l’économie circulaire. »

Un levier d’émancipation pour les femmes rurales

Au-delà de la préservation patrimoniale, le projet a généré des impacts socio-économiques significatifs, notamment pour les femmes artisanes.

En l’espace de deux ans, il a accompagné la transformation de structures familiales informelles en coopératives organisées. Ce passage à une économie formelle permet une meilleure structuration de la production et de la commercialisation, assurant des revenus plus stables.

Un élément clé du modèle repose sur la souveraineté financière des femmes. Les revenus issus des ventes – concentrées entre avril et octobre – leur sont directement attribués. Cette autonomie économique renforce leur rôle décisionnel au sein du foyer et de la communauté.

« Nous sommes allés visiter une famille dans le Douar, poursuit Carole Bayet. Avec la dame la plus âgée qui ne parlait pas français, les échanges de regards ont été nos moyens d’échanges. Elle nous a fait l’honneur d’une démonstration, ce qui est rare. Les yeux de sa petite fille brillaient, remplis d’affection. C’était un moment suspendu dans le temps. Ce n’était pas un échange nord-sud. C’était plutôt le sud qui nous apprenait. »

Entre défis et perspectives durables

Les résultats obtenus démontrent que l’artisanat peut être un vecteur puissant de modernité. En intégrant le numérique et l’éco-conception, la poterie féminine marocaine s’inscrit désormais dans une dynamique d’innovation.

L’enjeu est désormais de consolider ces acquis et de faire de ce patrimoine un pont entre passé et avenir. Car au-delà des objets façonnés dans l’argile, c’est toute une vision du monde qui se transmet – une vision où tradition et créativité se répondent.

« Notre projet, précise Carole Bayet, a mis en lumière le rôle central des femmes, à la fois garantes d’une riche mémoire et actrices dynamiques de la vie sociale et culturelle locale. L’artisanat féminin n’apparaît plus seulement comme un héritage, mais aussi comme un moteur d’innovation et de changement, porteur d’espoir et de perspectives nouvelles pour l’ensemble de la communauté. Cette expérience a illustré tout l’intérêt d’une coopération internationale fondée sur l’estime mutuelle, et a souligné à quel point la valorisation du patrimoine féminin peut inspirer le développement et la solidarité à long terme. »

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Crédit photos - Carole Bayet
 

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