Récompense prestigieuse pour Sofia Ocana Cabrera, titulaire d’une thèse de doctorat à l’ULiège en novembre 2025. Ce 19 juin 2026, elle a reçu le Prix de la meilleure jeune chercheuse en palynologie des abeilles 2026, lors du Symposium international sur les abeilles sans dard en Tanzanie.
Entre la Belgique et l’Equateur, le parcours de Sofia Ocana Cabrera s’est imposé en quelques mois comme l’une des trajectoires scientifiques prometteuses de sa génération. En novembre 2025, la chercheuse équatorienne soutenait à l’Université de Liège une thèse consacrée à la santé et à la durabilité des colonies d’abeilles sans dard en Équateur, un travail ambitieux à la croisée de l’écologie, de l’agronomie et de la santé environnementale.
Moins d’un an plus tard, ce 19 juin 2026, ses recherches sont couronnées sur la scène internationale : elle reçoit le Prix de la meilleure jeune chercheuse en palynologie des abeilles, lors du Symposium international sur les abeilles sans dard organisé en Tanzanie. Une reconnaissance personnelle et professionnelle majeure dans le domaine de la méliponiculture que suit assidûment le professeur Claude Saegerman en Equateur.
Car derrière cette distinction se dessine un enjeu global. En Équateur, où l’on recense près de 200 espèces d’abeilles sans dard, ces insectes essentiels subissent de plein fouet les pressions environnementales.

Les travaux de Sofia Ocana Cabrera, financés par l’ARES, s’inscrivent précisément dans cette urgence scientifique et écologique : comprendre pour mieux protéger.
Dans cet entretien, la jeune chercheuse revient sur cette reconnaissance internationale, mais aussi sur les résultats clés de sa thèse et les perspectives qu’elle ouvre pour la protection des abeilles sans dard.
Quelle est la situation du secteur de la méliponiculture en Équateur ?
Sofia Ocana Cabrera (SOC) : "La méliponiculture en Équateur a connu une croissance significative ces dernières années. J’estime qu’il y a plus de 3 000 apiculteurs spécialisés dans les abeilles sans dard à travers le pays, et c’est intéressant car cette pratique varie en fonction de la région, de l’environnement naturel et de l’espèce d’abeille sans dard élevée.
De plus, il existe différentes approches de la méliponiculture : certaines visent le tourisme, l’éducation à l’environnement, la conservation et la commercialisation de produits tels que le miel et le pollen en pot ; d’autres enrichissent les systèmes agricoles régénératifs grâce à la pollinisation, comme c’est le cas dans les plantations de café."
Vous avez étudié la santé des abeilles sans dard. Quels facteurs les menacent en Équateur ?
SOC: "Comme pour les abeilles mellifères, des facteurs tels que l’utilisation de produits agrochimiques, la déforestation, les changements d’affectation des sols et le réchauffement climatique affectent leur santé. Dans le cas des méliponines, le risque est plus grand compte tenu du manque de connaissances dont nous disposons encore concernant les effets directs et indirects de tous ces facteurs, tant au niveau individuel qu’au niveau de la colonie.
En Équateur, certaines pratiques de gestion constituent également un risque, comme le retrait des nids de leur habitat naturel et le prélèvement excessif de colonies dans des sites de nidification naturels tels que les arbres creux ou les cavités souterraines. Et surtout, l’application de pratiques empruntées à l’apiculture. Il est important de faire la distinction entre ces pratiques, car il s’agit d’espèces différentes présentant des comportements, des habitudes et une biologie très distincts."
En quelques mots, quels sont les principaux axes de votre recherche doctorale ?
Ma recherche se concentre sur les ressources polliniques des abeilles sans dard, l’effet de l’application — ou de la non-application — de bonnes pratiques de gestion dans l’apiculture des abeilles sans dard, ainsi que l’influence des produits agrochimiques.
En quoi l’approche « One Health » peut-elle impacter l’apiculture des abeilles sans dard ?
SOC : "L’approche « One Health » est parfaitement adaptée à l’apiculture des abeilles sans dard. Pour moi, une colonie d’abeilles sans dard reflète la santé de l’environnement entourant le nid. Des traces de microplastiques, de produits agrochimiques, d’antibiotiques et de bactéries entériques ont été détectées dans les nids et les produits dérivés des abeilles sans dard, ce qui reflète la qualité des systèmes d’assainissement et de gestion des déchets.
En tant qu’êtres humains, nous sommes exposés aux mêmes polluants. Grâce à l’approche « One Health », nous pourrions nous concentrer sur la création de programmes holistiques et régénératifs qui intègrent et valorisent l’interdépendance entre la santé de l’environnement, celle des humains et celle des abeilles sans dard."
Quelle a été la valeur ajoutée de votre doctorat mené entre l’Équateur et la Belgique ?
SOC : "L’opportunité d’adapter les approches et technologies de recherche européennes au contexte équatorien, et surtout à l’étude des abeilles sans dard, un sujet émergent dans la région."
Les 17 et 18 juin 2026, vous avez participé au Symposium international sur les abeilles sans dard 2026, lors d’un webinaire international. Quel sujet avez-vous présenter ?
SOC: "J’ai présenté un exposé intitulé Caractérisation morphologique et moléculaire intégrative des ressources polliniques en pot utilisées par les abeilles sans dard dans deux types de forêts tropicales en Équateur : implications pour la conservation et la méliponiculture."
À cette occasion, vous avez reçu le Prix 2026 de la meilleur jeune chercheuse en palynologie des abeilles sans dard. Que représente ce prix pour vous ? Pour votre université ? Pour le secteur de la méliponiculture en Équateur ?
SOC : "C’est une source de motivation pour moi. Ce prix reconnaît et réaffirme que les informations générées sont utiles et importantes pour la conservation et une meilleure gestion de ces espèces d’abeilles sans dard.
En même temps, il me stimule et m’encourage car l’un de mes objectifs, est de contribuer à faire en sorte que la méliponiculture ne constitue pas une menace supplémentaire pour la préservation de ces abeilles, mais qu’elle devienne et se développe au contraire comme une activité véritablement durable.
Pour le groupe de recherche avec lequel je travaille, GISAH-ESPE, cela signifie une valorisation et une reconnaissance du travail interdisciplinaire, ainsi que de la contribution que nous souhaitons apporter à travers les projets et les recherches menés avec le soutien de l’ULiège et de l’ARES en Belgique.
Pour la méliponiculture en Équateur, c’est l’occasion de démontrer le potentiel du pays. En Équateur, il existe des jeunes, des collectifs, des associations et des réseaux de méliponiculteurs qui partagent le même objectif : établir cette pratique de manière durable. Je pense que cette reconnaissance contribue à mettre en avant le pays en tant que pôle scientifique porteur d’impact."
Quels mots d’encouragement aimeriez-vous adresser aux jeunes chercheurs équatoriens ?
SOC : "C’est vraiment possible ! Nous devons croire en nos idées, en nos capacités et en notre talent. Je pense qu’en tant qu’Équatoriens et Equatoriennes, nous partageons tous le sentiment d’être nés dans un pays unique, entouré d’une grande biodiversité, et que nous pouvons œuvrer pour la protéger et en prendre soin."

Crédit photos : Sofia Ocana Cabrera