La croissance démographique de Lubumbashi combinée à un réseau électrique défaillant engendre une utilisation massive du charbon de bois dans la deuxième ville de RDC. Cette réalité menace la forêt claire couvrant une partie du Katanga est pourtant cruciale pour le bien-être des populations de la région. Continuer à la détruire est donc une menace que les scientifiques redoutent pour le maintien de l’équilibre écologique de la biosphère.
Le projet de renforcement des capacités de gestion durable de la forêt claire à Lubumbashi (CHARLU) est né d’une collaboration entre Yannick Useni de l’Université de Lubumbashi (UNILU) et Jan Bogaert de l’Université de Liège (ULiège). Avec leurs équipes et de nombreux partenaires, ils ont uni leurs efforts pour mieux comprendre et préserver les forêts claires de Miombo, un écosystème aussi essentiel que fragile aujourd’hui. À cette occasion, nous avons eu la chance de rencontrer le professeur Useni pour une interview, dont nous vous proposons de découvrir le témoignage.
Un écosystème unique et caractéristique
Les forêts claires de Miombo couvrent une vaste zone d’Afrique australe et orientale, notamment dans la région du Katanga. Leur structure ouverte les distingue nettement des forêts tropicales denses.

Le professeur Useni explique : « Une forêt claire, c’est une forêt qui laisse passer la lumière. Contrairement aux forêts denses, les arbres sont espacés, ce qui permet à la lumière d’atteindre le sol et de développer une autre strate de végétation. Dans le cas du Miombo, les arbres sont non seulement espacés, mais on retrouve aussi trois genres dominants : Brachystegia, Julbernardia et Isoberlinia. Et ce qui caractérise aussi cet écosystème, c’est la présence de hautes termitières. »
Ces éléments font du Miombo un écosystème particulier, à la fois riche et fragile.

Une ressource vitale pour les populations
Présentes dans une dizaine de pays, de la République démocratique du Congo à la Tanzanie, en passant par la Zambie et le Zimbabwe, les forêts de Miombo sont indispensables à la vie quotidienne de millions de personnes.
« Ces forêts servent de ressources pour la survie des populations, que ce soit en milieu urbain ou rural. On y trouve des plantes pour se soigner, du bois pour construire, des champignons, des chenilles, du gibier… » souligne le professeur Useni. Mais leur rôle ne s’arrête pas là. « Il y a aussi des bénéfices que l’on ne voit pas directement : la régulation du climat, la lutte contre l’érosion… Ce sont des services essentiels que ces forêts rendent aux populations. »
Une pression croissante liée aux besoins énergétiques
À Lubumbashi, la croissance démographique rapide et les difficultés d’accès à l’électricité entraînent une forte dépendance au charbon de bois. Cette situation a des conséquences directes sur les forêts.
« La demande est devenue tellement forte que les pratiques de coupe ne sont plus sélectives. Les gens coupent sans forcément distinguer les espèces, ce qui accélère la dégradation des forêts. » souligne le professeur Useni.
Pour les chercheurs, cette dynamique constitue une menace majeure pour l’équilibre écologique et le bien-être des populations.
Le projet CHARLU : comprendre pour mieux agir
Face à ces enjeux, le projet CHARLU s’est donné pour mission de produire des connaissances scientifiques utiles à la gestion durable du Miombo. « Nous avons voulu produire des connaissances sur les impacts socioécologiques liés à la production du charbon de bois».

Quatre thèses de doctorat ont été réalisées à l’université de l’UNILU. Elles ont permis d’explorer plusieurs dimensions du problème.
« Une des recherches cherchait à comprendre si les feuilles qui tombent dans la forêt contribuent à fertiliser les sols. Une autre a étudié l’étendue de la dégradation liée à la production de charbon. Une troisième s’est penchée sur les mécanismes de gouvernance, et une dernière sur l’organisation des producteurs. »

En parallèle, une dizaine de mémoires de master réalisés à l’université ont permis d’identifier des pistes d’amélioration concrètes, notamment pour augmenter le rendement de la carbonisation.
Vers des pratiques plus durables
Les résultats de ces recherches ont été traduits en outils et en actions. « Nous avons produit des guides techniques de carbonisation et de gestion durable du Miombo, qui ont été partagés avec les services de l’État », rajoute le professeur Useni. Ensuite, un cadre de concertation a également été mis en place. « C’est un réseau d’acteurs universitaires, services publics, ONG, chefs coutumiers où nous discutons ensemble des solutions pour mieux gérer le Miombo. »
Des changements progressifs sur le terrain
Le projet a également accordé une attention particulière à la sensibilisation des communautés locales. Des enquêtes ont été menées au début, au milieu et à la fin afin d’observer l’évolution des connaissances et des pratiques. Comme le précise le professeur Useni : « Nous avons organisé des enquêtes au début, au milieu et à la fin du projet pour voir l’évolution des connaissances et des pratiques .»
Les résultats obtenus sont encourageants et témoignent de premiers changements sur le terrain. « On a commencé à observer des changements. Les populations discutent des pratiques, testent certaines recommandations, comme le choix d’espèces à fort pouvoir calorifique ou la coupe de branches plutôt que l’abattage complet. » raconte le professeur.

La question de l’organisation collective occupe également une place importante dans cette dynamique. « Les producteurs travaillaient souvent de manière isolée. L’idée était de les encourager à se regrouper pour mieux vendre leur production et éviter de devoir exploiter toujours plus de forêt.”
Des résultats durables pour l’université et les communautés
Le projet CHARLU a aussi permis de renforcer les capacités de l’université de l’UNILU. « L’une des plus grandes réussites, c’est d’avoir formé des docteurs qui ont intégré le corps académique », souligne le professeur Useni. Ces nouveaux chercheurs contribuent aujourd’hui à former les étudiants et à diffuser les bonnes pratiques. Le projet a également permis de mettre en place des parcelles de recherche permanentes. « Nous avons obtenu des accords avec des chefs coutumiers pour disposer de parcelles où les chercheurs pourront continuer à travailler sur l’écologie du Miombo. »
Une relation de confiance reconstruite
Un autre impact important concerne les relations avec les communautés. « Au départ, il y avait une certaine méfiance. Les gens disaient que les chercheurs venaient, faisaient des promesses, puis disparaissaient. Mais avec la présence régulière des doctorants sur le terrain, une relation de confiance s’est construite.», détaille le professeur Useni. Aujourd’hui, les communautés participent activement à la protection des sites d’étude.

La coopération académique comme moteur d’échanges
Enfin, le projet met en lumière l’importance de la coopération entre universités. « Pour moi, la coopération académique internationale, c’est avant tout un partage d’expériences. Il y a des choses que nos partenaires du Nord connaissent, et que nous ne connaissons pas, et inversement. » affirme le professeur Useni. Ces échanges permettent de renforcer les compétences, d’améliorer les pratiques de recherche et de mieux répondre aux réalités locales. « Cela permet de produire des connaissances utiles, mais aussi d’équiper les laboratoires, de former des chercheurs et de rendre les universités plus proches des besoins des communautés. »
Photos : Projet Charlu
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