Alors que les crises se multiplient et redessinent les équilibres internationaux, le monde académique apparaît à la fois comme un acteur clé de stabilité… tout en étant de plus en plus vulnérable. Emmanuel Klimis, enseignant-chercheur à l’UCLouvain, nous a accordé une longue interview dans laquelle il explique comment l’enseignement supérieur peut relever les défis contemporains et contribuer, à sa manière, à renforcer la stabilité du monde.
S’entretenir avec Emmanuel Klimis sur les questions de développement, de sécurité internationale et de stabilité, c’est ouvrir un atlas mondial et parcourir avec lui les conflits en cours (principalement en Afrique qui est son terrain de recherche de prédilection) et prendre le temps de décrypter les enjeux et les équilibres internationaux. Avec son expérience d’enseignant-chercheur, c’est aussi prendre conscience de l’apport du monde académique et de la coopération internationale dans la pacification des relations sociales et politiques.
Dans ce podcast, Emmanuel Klimis nous parle de “stabilité” dans un monde en mutation permanente et nous présente le concept de fragilité et ses multiples dimensions.
Il nous parle également d’une coopération internationale en mutation. Si, historiquement, l’approche reposait sur la réponse à des besoins spécifiques, ce modèle est progressivement remis en question. Une nouvelle logique tend à s’imposer : celle d’une coopération transactionnelle. «Une approche plus dure », observe Emmanuel Klimis, dans laquelle chaque partenariat doit générer des bénéfices réciproques.
Il reconnait que le monde académique est sous pression. Dans ce paysage en recomposition, les établissements d’enseignement supérieur occupent une position paradoxale. D’un côté, ils jouent un rôle fondamental. « L’enseignement supérieur agit comme un levier multiplicateur », souligne-t-il. Si les projets académiques ont souvent une portée locale, « ils contribuent toutefois à former des professionnels capables d’avoir un impact durable dans leur société. »
L’enseignement supérieur est aussi un espace de débat, essentiel au fonctionnement démocratique, insiste le chercheur. « Il permet la confrontation pacifique des idées, à condition d’être protégé des pressions politiques et économiques. »
Enfin, le monde académique constitue un levier majeur de construction de la paix. « L’éducation est le premier facteur de pacification des relations sociales », insiste le chercheur.
Un pont entre les mondes
Emmanuel Klimis revendique une vision engagée de son métier. « Être enseignant-chercheur, explique-t-il, c’est faire le lien entre recherche et transmission, mais aussi entre les sociétés du Nord et du Sud. » Dans un monde incertain, la coopération académique apparaît ainsi comme un outil discret mais essentiel. Elle ne produit pas toujours des résultats immédiats, mais elle contribue à construire, patiemment, les conditions d’une stabilité durable.
Et peut-être, surtout, à redonner du sens aux trajectoires des jeunes générations — bien au-delà de la simple obtention d’un diplôme.
Curieuse et curieux d’en savoir plus ? Prenez le temps d’écouter ce podcast et afin de découvrir comment l’enseignement supérieur peut relever les défis contemporains et contribuer, à sa manière, à renforcer la stabilité du monde.